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Selva Cantabile

Enregistrements

Voici ci-dessous les enregistrements réalisés lundi 4 octobre 2021. Vous pouvez télécharger ici en fichier ZIP l’ensemble des fichiers. Cela vous permet de les réécouter à l’envi sur n’importe quel support.

Bonne écoute, et bon chant !

Lascia ch’io pianga (Rinaldo, Hændel HWV 7a et HWV 7b)

O felix anima (Carissimi)

Vem kan segla (traditionnel finlandais, texte Gunnar Eriksson 1936)

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Zdies’ Horosho

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L’entraînement du chanteur

Tout comme pour le coureur professionnel, le chant lyrique implique un entraînement quotidien. Or la plupart des chanteurs ne savent pas comment travailler.

Le surentraînement

Lorsqu’on en fait trop, on risque de se faire mal. C’est vrai en sport tout autant qu’en chant. Beugler des Fa# aigüs à longueur de temps pour un baryton ou une mezzo n’est pas vraiment bon pour la santé vocale.

Ainsi, trop chanter (à haute comme à faible intensité) n’est pas la meilleure chose à faire pour optimiser le développement des qualités vocales (ce n’est pas non plus un encouragement à ne pas travailler !).

L’entraînement sportif

Dans le domaine sportif, on a isolé les caractéristiques physiques à développer en priorité (pour les connaisseurs, il s’agit de la puissance aérobie maximale, du volume aérobie maximal et de la puissance anaérobie maximale).

Les recherches ont démontré, pour les sportifs, qu’il faut travailler à haute intensité pour développer au mieux les caractéristiques recherchées. On connaît même les intensités auxquelles il faut travailler pour développer telle ou telle caractéristique. Cela a donné lieu aux entraînements par intervalles ou aux entraînements fractionnés.

Le fractionné en technique vocale

Rien n’existe de tout cela pour le chant (malheureusement !), mais l’expérience montre que travailler à haute intensité améliore nettement l’endurance du chanteur, selon Adrien Poupin. Il a ainsi adopté cette approche pour lui-même et le fait appliquer à ses élèves.

Lorsqu’on chante des notes après le passage aigü, il faut chanter des voyelles fermées avec une gorge ouverte“, dit Christine Schweitzer. Toujours est-il qu’avec une technique vocale saine, chanter après le passage est éprouvant pour la musculature de la soufflerie et met davantage à contribution l’organe phonatoire. Un effort de ce type est généralement fatigant pour la voix, ce qui risque d’amener des serrages (ou crispations musculaires) qui peuvent mettre le chanteur à mal.

Adrien Poupin a donc basé sa méthode d’entraînement sur une alternance rapide (de l’ordre de 30′ ou de la minute) entre des vocalises de tessiture moyenne et des vocalises sur des notes se situant après le passage. De cette manière, le chanteur est capable de chanter beaucoup plus longtemps à haute intensité, sans se fatiguer. De plus, il est aussi capable, à la fin de sa séance de travail, de connaître exactement combien de minutes entières il a été capable de chanter à haute intensité après le passage.

Entre les périodes de chant à haute intensité (souvent 30” pour commencer), on place des périodes de récupération actives et passives (vocalises en tessiture moyenne), qui permettent au chanteur de corriger directement les éventuels serrages et de se réhydrater.

Appliquer cette méthode est loin d’être une torture. Par contre, cela oblige le chanteur à chanter à haute intensité. S’il n’a pas l’habitude de telles pratiques, cela chamboule donc ses usages. L’organisme, suite à la sollicitation plus importante, a tendance à s’adapter dans le sens d’un renforcement de l’ensemble de l’appareil phonatoire. Cela fait également davantage travailler les muscles abdominaux.

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Technique vocale : comment travailler le chant ?

Respiration, vocalises, filage d’airs, intonation, déchiffrage, travail à la table… Comment s’y retrouver dans cette jungle ?

Selon le plan de séance que je propose, une séance de chant se décompose en plusieurs étapes :

  • Pratique vocale (voir section ci-dessous) ;
  • Pratique physique et relaxation ;
  • Travail à la table, théâtre, interprétation, diction / prononciation, visualisation ;
  • Écoutes et déchiffrage ;
  • Formation musicale : intonation, travail de rythme.

Je ne peux malheureusement pas pour le moment mettre en ligne tout le processus décrivant une bonne méthode de travail pour le chant, car cela nécessiterait tout un livre. Il faudrait expliquer en détail chaque phase, chaque exercice proposé et chaque vocalise que j’utilise dans ma pédagogie. En attendant mieux, je ne donne ici que des éléments de méthodologie, en espérant que cela pourra servir !

Ce qui est décrit dans cet article est globalement bon pour des chanteurs débutants, et vise à former des musiciens complets. Au fur et à mesure de votre évolution, certains éléments changeront dans votre ordre de priorité.Quand vous évoluerez, peut-être la formation musicale deviendra-t-elle moins importante au profit de la pratique physique et du théâtre, par exemple.

Pratique vocale

C’est le cœur de votre séance de chant, l’élément qui doit rester lorsque vous n’avez pas le temps de faire le reste.

La fiche-séance que je distribue en cours comporte trois étapes :

  1. Des exercices de souffle et de posture ;
  2. Des vocalises ;
  3. Le filage d’un ou plusieurs airs.

Ces trois phases sont décrites plus bas.

Sur la fiche, vous noterez les éléments suivants :

  • Une durée est associée à un exercice (ou un groupe) : en utilisant un chronomètre, cela vous permettra de faire des séances reproductibles, et vous pourrez ainsi apprécier l’état de votre chant, comparativement à hier (ça ne marche pas pour l’interprétation…). Vous noterez cependant que ceci a ses limites, car tout n’est pas mesurable ni comparable, et par ailleurs tel n’est pas le but de la manœuvre. L’objectif est bien de structurer votre pratique, afin que vous soyez convaincu que vous en faites assez, ni trop ni trop peu. Car contrairement à beaucoup de disciplines instrumentales, il est déraisonnable de vouloir chanter six heures par jour, tous les jours.
  • Des sensations sont associées à un exercice. Je le note pour les chanteurs en début de parcours car cela leur permet de trouver plus facilement, par des métaphores, des images ou des adjectifs, ce geste vocal global que nous souhaitons développer.
  • Utilisez un carnet d’entraînement. Si la durée vous permet de faire des séances reproductibles, votre carnet d’entraînement sera la mémoire de votre pratique. Chaque jour, vous pouvez noter la date, le programme suivi, quelques observations succinctes et sensations. De cette manière, vous pourrez ensuite porter un regard rétrospectif sur votre pratique quotidienne du chant.
  • On peut faire une séance de pratique vocale complète en quinze minutes ! Cela ne comporte cependant que la phase de pratique vocale (voir l’introduction de l’article).
  • On devrait faire des séances comportant tous les éléments notés dans l’introduction (travail à la table, écoutes et déchiffrage, formation musicale, pratique physique et sportive). Cependant, ces autres phases peuvent aussi se faire dans d’autres circonstances (transports en commun, écoutes avec une playlist sur un smartphone, …).
  • Je ne le répèterai jamais assez : la séance de pratique vocale n’est que le cœur de votre pratique de musicien, votre entraînement quotidien ! Les autres éléments sont aussi primordiaux, car nous ne sommes pas que des techniciens de la voix.
  • Bien sûr, modifiez ce plan de séance pour qu’il convienne à votre évolution vocale. Parlez-en à votre professeur de chant, c’est mieux, car son oreille avertie lui permettra de vous conseiller judicieusement quant au choix des exercices, de leur tessiture, de leur durée et de leur ordre. Sinon, reprenez les exercices faits en cours et notez-les (c’est également un bon exercice que de retranscrire les vocalises !).

Les exercices et vocalises ne sont pas décrits dans cet article. Ce serait bien trop long et absolument pas adapté à chacun dans le cadre d’un article web.

Exercices de souffle et de posture

Ces exercices préparent physiquement le corps à un bon soutien.

Ils peuvent être nombreux, mais l’exercice du ri pi ti ki est peut-être celui qu’on peut systématiser. Il prépare au chant de manière admirable.

Pour des chanteurs avancés, la chauffe de voix est en général plus rapide. Le geste vocal est stabilisé, il reste à entraîner la voix. Dans ce cas, si le chanteur sait ce qu’il fait, peut-être qu’un simple ri pi ti ki suivi du début d’un air facile lui suffira pour se chauffer. Il pourra alors passer à l’entraînement intensif, en faisant par exemple le filage de plusieurs airs à la suite. C’est l’une des méthodes que j’utilise lors de la préparation d’un concours, en enchaînant les airs dans tous les sens. Cela permet également de constater d’éventuelles difficultés. Attention, cette pratique n’est absolument pas conseillée aux chanteurs débutants !

Vocalises

Sur la feuille que je distribue, je note en principe les vocalises en Do majeur.

Je note ensuite l’ambitus de cette vocalise : la première note écrite correspond à la première note de la première vocalise. Ensuite, on fera cette vocalise en montant/descendant par demi-tons conjoints.

Exemple

Prenons la vocalise suivante :

Cet exercice est donc à commencer sur le si (si - la - sol# - fa# - mi). Ensuite, on refait cet exercice en partant du do (do - sib - la - sol - fa), et ainsi de suite en montant la première note d’un demi-ton à chaque fois, jusqu’à arriver au sol aigu (sol - fa - mi - ré - do). Ensuite, on redescend par demi-tons jusqu’au sol médium.

Ainsi, cette vocalise ira du do grave (en bas de la clef de sol) jusqu’au contre-ré. En effet, l’exercice le plus grave sera le dernier (sol - fa - mi - ré - DO), et l’exercice le plus aigu commence ici du sol aigu. La note la plus aiguë de cet exercice est située une quinte au-dessus de la note de départ, soit le contre-ré (sol - ré en montant).

Filages

Je note également le filage d’un ou plusieurs morceaux / airs. Pendant ceux-ci, on s’appliquera bien à retrouver les sensations recherchées au cours des exercices de souffle et des vocalises.

Notez bien les timings ! Cependant, ne vous restreignez pas trop si vous vous sentez bien vocalement et que vous avez le temps ! Cette méthode n’a pas pour objectif de restreindre, mais plutôt de structurer votre pratique.

Et le reste ?

Pratique physique et sportive, relaxation, théâtre, interprétation, diction / prononciation, visualisation, écoutes, déchiffrage, intonation, travail de rythme…

Les autres phases, quoique tout aussi importantes pour le développement d’un musicien-chanteur complet, feront peut-être l’objet de futurs articles !

En attendant, ne les oubliez pas, le chant ne se réduit pas à une musculation !

Par ailleurs, la musculation a pour objectif un corps harmonieux et en bonne santé, et non la gonflette.Dans sa célèbre méthode de musculation, Olivier Lafay préconise (dans l’ordre) : échauffement, exercices de musculation, exercices de souplesse, travail du diaphragme, travail des muscles intimes (périnée), relaxation. Il donne des indications pour le travail d’endurance et parle même de nutrition !


Références / notes

Bon nombre d’éléments de cette méthode, notamment pour la manière de noter les vocalises et leur ambitus, ont largement été pompés de l’excellent ouvrage de Jacqueline Bonnardot (décédée le 29/03/2013) : « Le professeur de chant : un luthier qui construit une voix », aux éditions Henry Lemoine / Van de Velde.

Je considère l’excellent ouvrage de Richard Miller, « Pédagogie systématique du chant » (éd. Cité de la Musique), comme une référence. Attention cependant, le sujet est aride pour un chanteur en apprentissage ! Deux petits bémols :

  1. Il peut éventuellement amener à trop décortiquer le geste vocal, qui doit rester un geste global ;
  2. Surtout, il est écrit par un Américain pour une pédagogie sur des chanteurs américains. Ainsi, comme la langue parlée influe énormément sur le geste vocal, il ne faut donc pas tout prendre au pied de la lettre !

Bon nombre de grands principes dans ma méthode de pratique vocale ont été imaginés à partir des méthodes de musculation d’Olivier Lafay, qui sont très bien faites : « Méthode de musculation — 110 exercices sans matériel », et « Méthode de musculation au féminin — 80 exercices sans matériel », éd. Amphora. Ces deux méthodes ont une structure différente, et je m’en suis largement inspiré. Merci Olivier !

En ce qui concerne les mécanismes et les registres, j’essaie de me fier en particulier au discours de Bernard Roubeau, orthophoniste spécialiste de la voix chantée. Il a notamment défini quatre mécanismes dans la voix humaine :

  • Le mécanisme 0 : Appelée souvent fry voice ou basse de bourdon, il est utilisé dans certaines langues (japonais notamment). C’est ce fameux « Euh… » de France Culture.
  • Mécanisme 1 : Ce qu’on appelle couramment la voix de poitrine, et ce qu’utilisent les hommes dans le chant lyrique. Dans les chants traditionnels et les Musiques actuelles, les femmes utilisent souvent ce mécanisme. Les femmes utilisent épisodiquement ce mécanisme dans le chant lyrique. On dit alors qu’elles poitrinent (du néologisme poitriner).
  • Mécanisme 2 : Ce qu’on appelle couramment la voix de tête ou voix de fausset (pour les hommes). Les femmes utilisent largement ce mécanisme dans le chant lyrique. Les hommes utilisant ce mécanisme sont appelés des contre-ténors.
  • Mécanisme 3 : Appelé voix de sifflet, ce mécanisme n’est utilisé dans le chant que par les sopranes légères pour atteindre les dernières notes de leur tessiture. C’est le mécanisme qu’utilisent la plupart des sopranos coloratur pour l’air de la Reine de la Nuit, par exemple.

Dans chacun de ces mécanismes, il va ensuite y avoir un phénomène de régistration : les registres sont donc des zones (en hauteur absolue) qui nécessitent des adaptations lorsque le chanteur passe d’une zone à l’autre. On parle alors de zone de passage, ou plus communément de passage.

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